Le cours du baril de pétrole est repassé à la clôture de la bourse de ce jeudi, 26 mai 2016, au-dessus du seuil symbolique des 50 dollars US, pour la première fois de l'année, parachevant une remontée spectaculaire entamée en février. Sur l’avenir de la tendance à la hausse, les avis des analystes restent cependant partagés, en fin de journée à New York (crédit photo : lefigaro.fr).
Les deux références de l’or noir en Europe et en Amérique, le Brent et le WTI ont franchi l’un après l’autre le plafond en cours de séance, même s’ils ont finalement clôturé en légère baisse, respectivement de 15 cents à 49,59 dollars US le baril et de huit cents à 49,48 dollars US.
Il faut rappeler que le WTI (West Texas Intermediate, appelé aussi Texas Light Sweet), est une mesure de la variation de pétrole brut faisant office de standard dans la fixation du cours du brut et comme matière première pour les contrats à terme du pétrole auprès du Nymex (New York Mercantile Exchange, la bourse spécialisée dans l’énergie).
Ce qui fait dire à l’un des plus éminents analystes du marché, Mike Lynch, de Strategic Energy and Economic Research, que le cours vient d’arriver à un seuil où les investisseurs peuvent prendre leurs bénéfices et sortir du marché, même si c’est bien sur un plafond provisoire.
Après deux mois et demi qui ont vu les cours quasiment doubler de valeur, le seuil des 50 dollars US a été dépassé à mesure que les investisseurs digéraient l'annonce, mercredi, d'une nette baisse hebdomadaire des réserves américaines de brut, qui a conforté la bonne disposition de marchés espérant une résorption de la surabondance mondiale, selon Mike Lynch.
Les cours du brut n'avaient pas franchi cette barre depuis l'automne dernier et, surtout, avaient chuté jusqu'à 26 et 27 dollars US, soit leur plus bas niveau depuis plus de 12 ans en janvier et février, ce qui rend leur rétablissement aussi remarquable qu'inattendu.
Cela s'explique par des facteurs multiples, notamment des perturbations subies par des exportateurs importants et une réduction de la production chez les professionnels américains du pétrole de schiste, a souligné Hussein Sayed, de FXTM (Forex Time).
La production du Canada, cinquième producteur mondial de brut, a été fortement réduite ces dernières semaines par les gigantesques incendies dans la province de l'Alberta (Ouest), le secteur pétrolier au Nigeria fait actuellement l'objet de sabotages et, il y a un peu plus d'un mois, une grève massive au Koweït avait fait chuter l'offre de ce pays du Golfe pendant trois jours.
De façon plus structurelle, un certain nombre de professionnels américains du pétrole de schiste ont dû mettre la clé sous la porte, ou à tout le moins resserrer le robinet, leur production n'étant plus rentable au vu de la faiblesse des cours.
Un certain nombre d'observateurs ont accusé l'Arabie Saoudite, d'avoir délibérément fait chuter les cours depuis juin 2014, lorsque le baril s'échangeait au-delà des 100 dollars US, en inondant les consommateurs de brut afin de conserver ses parts de marché.
La dégringolade des cours pendant un an et demi avait été d'autant plus brutale que la consommation a donné des signes de faiblesse, à la santé morose persistante des pays occidentaux s'ajoutant le ralentissement de la locomotive chinoise.
Désormais, pour les cours, le rebond remarquable de plus de 80 pour cent, observé depuis février est peut-être exagéré, car les fondamentaux macroéconomiques n'ont pas changé d'autant, prévient Bernard Aw, d'IG Markets, dans une note à ses clients.
Un éventuel renforcement du dollar US, dans le cas d'un resserrement monétaire aux Etats-Unis, risque en outre de peser sur le marché pétrolier, libellé en monnaie américaine.
Le candidat républicain à la Maison Blanche, Donald Trump, a affirmé ce jeudi, être favorable à la construction de l’oléoduc Keystone XL entre le Canada et les Etats Unis, un projet abandonné par le président Barack Obama sur fond de craintes environnementales.
Dans ce contexte, les investisseurs attendent la réunion semestrielle de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, OPEP, le 2 juin à Vienne, bien qu'une décision d'y geler la production pour soutenir les cours semble très peu probable.
L’Iran, dont le pétrole arrose de nouveau le marché mondial après la levée des sanctions, ne semble avoir aucune intention de plafonner, ni sa production, ni ses exportations. Sa rivalité avec l’Arabie Saoudite, membre dominant du cartel, a d'ailleurs déjà largement contribué à l'échec des négociations sur un gel de la production à la mi-avril à Doha.
Personne ne s'attend à ce que le sommet de l’OPEP, débouche sur quoi que ce soit, a reconnu James Williams, de WTRG Economics. Mike Lynch, conclut aujourd’hui, que la plus grande incertitude du marché pétrolier, à part les questions géopolitiques, c'est de savoir quelle sera vraiment la stratégie de Mohammed ben Salmane.
Mohammed Ben Salmane Al Saoud, né le 31 août 1985 à Ryad, membre de la dynastie Saoudienne, est le ministre de la Défense depuis le 23 janvier 2015, vice-prince héritier d'Arabie Saoudite et second vice-premier ministre depuis le 29 avril 2015. Président du Conseil des affaires économiques et du développement, il est également le tout nouveau responsable de la politique pétrolière et économique du Royaume.
C’est lui qui vient d’engager le vaste plan pour réduire la dépendance du royaume saoudien vis-à-vis de l'or noir, notamment en prévoyant d'introduire carrément en bourse, une partie de la compagnie publique Aramco.
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